LES ÉDITIONS MESURES

par André Markowicz

         Dans ma vie, il y a eu les traductions, de prose, de poésie, de théâtre ; il y a eu les poèmes que l’on dit « personnels », et que j’appelle, détournant une expression d’Armand Robin, « non-traduits d’un original ». Et puis, il y a eu Partages, ce lieu sur Facebook où je ne sépare pas les différents aspects de mon travail, où je n’entre dans aucune catégorie : je ne suis pas un jour traducteur, du russe, du chinois, de l’anglais, du latin, un autre jour mémorialiste, un autre jour poète ; un lieu virtuel où je suis tout simplement un écrivain, un être humain qui vit dans le monde où il vit et qui essaie, bien ou mal, de réfléchir dessus, de son point de vue à lui. Un lieu, oui, de partages, c’est-à-dire d’échanges avec des lecteurs et, si, moi, tel sujet, tel texte m’intéresse, je suis persuadé qu’il peut les intéresser aussi. Des lecteurs qui, d’une façon ou d’une autre, quand ils me suivent, c’est-à-dire quand ils lisent non pas une seule chronique mais une série, souvent sur des années, deviennent… des amis. Des gens qui entrent dans ma vie, sans jamais s’imposer, comme des présences douces, de la même façon, je pense, que j’entre dans la leur, par ce qu’on pourrait appeler un compagnonnage intellectuel. C’est, pour moi en tout cas, une expérience magnifique — épuisante, exigeante, risquée.

        Je voudrais à présent partager non plus des textes virtuels, mais des œuvres achevées, des livres auxquels je tiens, — des livres que, là encore, je ne veux pas séparer entre tel ou tel éditeur. Des livres qui aient un même lieu. Des livres que j’écris, que je traduis, — traductions ou textes pensés originellement en français, prose, poésie ou théâtre, nouveaux ou publiés jadis mais devenus depuis longtemps indisponibles, et puis des livres que j’aime, sans lesquels ma vie n’a pas de sens — des livres de Françoise Morvan, qu’elle écrit, qu’elle traduit, dans les genres les plus divers. Des livres dont je pense que mes amis doivent les connaître, et que, s’ils viennent à les connaître, en prenant le temps qu’ils demandent sans demander, eh bien, ils entreront dans leur vie, là encore, comme des compagnons.

         Je pense à Charles Reznikoff que je lis et que je traduis avec une passion toujours grandissante, et qui, pendant près de plus de cinquante ans, a publié ses propres livres, à très peu d’exemplaires (400 au maximum), pas du tout comme des bouteilles à la mer mais en étant persuadé qu’ils seraient lus, sur le moment ou plus tard, — les imprimant lui-même, en choisissant leur papier, leur format. C’est à partir de lui que je me suis dit que, finalement, je pourrais essayer moi-même de proposer au lecteur, non pas des textes que je considère comme essentiels et que je donnerais à d’autres éditeurs, mais des livres.

         C’est un peu à son exemple que j’ai décidé, avec Françoise Morvan, de créer les éditions Mesures.

        Chaque livre sera beau, imprimé sur un papier qu’on ait plaisir à voir et à toucher, chaque exemplaire sera numéroté et signé et les tirages seront limités (pour le moment à 400 exemplaires).  Mais le prix sera toujours modéré, c’est-à-dire que ces livres ne seront pas plus chers que la moyenne des livres déjà sur le marché.

        Comment les trouvera-t-on ? D’abord, auprès d’une quinzaine-vingtaine de libraires amis, à travers la France. Pour les libraires, il ne s’agira pas de dépôts, parce que nous ne pouvons pas gérer les stocks. Il s’agira de commandes fermes, avec une marge de 40% sur le prix de vente.

        Ensuite à l’occasion des spectacles ou des rencontres avec les lecteurs que nous faisons, — en direct ou, là encore, sans doute, grâce à des libraires qui seraient présents.

         Sur internet, par ma page Facebook et le site de Françoise Morvan, qui vous tiendront au courant des parutions ; par ce site sur lequel on peut acheter les livres, un par un, en les payant directement.

         Mais sur ce site aussi d’une autre façon : en s’abonnant aux éditions Mesures. En s’abonnant sur une année, à un prix qui tourne autour de cent euros, frais de port inclus, pour cinq livres. De la même façon que l’on commande aujourd’hui des paniers de légumes à des paysans qui vous fournissent selon ce qu’ils produisent et selon la saison. L’idée est que si vous suivez notre travail, à Françoise Morvan et à moi, vous nous faites confiance, et vous pouvez avoir plaisir à vous laisser surprendre. Et faire que, là encore, nous, les auteurs, et vous, les lecteurs, nous travaillions en compagnons. Car l’aventure ne peut qu’être commune.

Février-mars 2019.